Pensées d'un dimanche soir pas comme les autres...en Turquie

Izmir, Turquie le 09/06/2013

 

Il n'y a pire eau que l'eau qui dort.

 

On la croyait désengagée politiquement, obnubilée par les nouvelles technologies récemment débarquées en Turquie, passive et cachée derrière ses écrans, plus proche des bars que des mosquées. C'est du moins cette image de la jeunesse turque qui est largement médiatisée dans son propre pays. Si bien qu' une bonne partie des Turcs soutenait le « Sultan » Erdogan quand il s'est mis en tête de d'imposer de nouvelles lois visant à « moraliser la jeunesse turque », sous-entendu lui inculquer plus de ferveur religieuse pour calmer cette débauche laïque inacceptable...Tout un symbole pour ce pays qui oscille inlassablement entre tradition et modernité.
Mais le réveil a sonné et le peuple turc, un peu surpris, se rend compte, depuis quelques jours de la force de sa jeunesse, de son esprit critique, de sa détermination mais aussi de sa créativité en matière de contestation. C'est la génération Y - la génération du WHY ? - qui a pris les rennes de la révolte. C'est cette jeunesse qui se questionne sur la voie qu'est en train d'emprunter la Turquie dans son développement économique mais surtout démocratique. Celle qui a besoin de comprendre le sens des décisions politiques prises pour son pays. Celle qui a besoin d'aimer son chef pour le respecter. Celle qui n'a pas oublié les principes d'Atatürk... « Vive la génération Y ! » titre aujourd'hui le quotidien turc Hurriyet . Le monde virtuel dans lequel on les pensait enfermés n'était en fait qu'un outil pour inventer leur nouvelle réalité.
A l'instar des printemps arabes, les réseaux sociaux permettent d'organiser cette révolution turque naissante mais les messages qui fusent sur Facebook ont récemment changé de ton. Le mouvement se veut pacifique et créatif. Ce week-end, la police a eu pour ordre de ne pas intervenir. La contestation turque prend des airs Wildiens : « Ce n'est pas l'art qui imite le monde mais le monde qui imite l'art ». Que ce soit dans le parc stambouliote Gezi dans le quartier de Taksim ou sur le Kordon d'Izmir, ce n'est pas la rue qui inspire les réseaux sociaux mais bel et bien l'inverse. La pensée créatrice et l'énergie pacifique qui sont partagées sur la toile engendrent une ambiance très particulière sur les places turques : on chante des airs populaires mais engagés, avec quelques clous et trois planches de bois, on hisse des bibliothèques sur les trottoirs, on plante sa tente sur les pelouses , on s'habille du drapeau turc sur lequel veille le profil d'Atatürk et surtout on vient en famille pour manifester son désaccord. Les enfants ne sont pas écartés du mouvement...tout un symbole. Les fumigènes côtoient les barbes à papa, les drapeaux turcs flottent à côté des ballons de Mickey, les manifestants acrobates en haut des lampadaires ressemblent à ces enfants assis fièrement sur les épaules de leur parents, les concerts de casseroles sur les balcons se font désormais en famille et le cadet de la famille insiste pour appuyer sur l'interrupteur du salon en guide d'adieu à Erdogan.
La Turquie est en état de siège au sens propre; son peuple est calme, attentif, critique et surtout déterminé. Cette lutte pacifique convaincra t-elle Erdogan de reculer sur ces dernières propositions ? Ses partenaires économiques, témoins vigilants, auront de toute évidence un grand rôle à jouer.
A suivre.

 

 

Commentaires

 Fred
Wouaaaah ... à publier et republier !
Bravo.
 Fabienne
C'est que ça fait du bien d'écrire! Merci Martine :-)
 Martine and cie
Quelle belle idée d'unir tes écrits à ses photos!!merci pour ce joli texte plein de pédagogie. J'ai hâte de lire la suite.... viiiiiiiiiite!



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